Krystel Bablée

Le Dauphiné Libéré Annecy

 

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Allons, enfants de Monique,

chantons votre Marseillaise.

 

D'ateliers avec des écoliers, un grand classique est né. À écouter d'urgence le 11 novembre.

 


Trente ans qu'elle en rêvait. Alors quand le public du Météore à Meythet est resté suspendu aux dernières notes de sa "Marseillaise des enfants", Monique devient interdite. Sans voix, profondément touchée par les réactions et le déluge de compliments qui suivirent. « Je sais qu'elle est très belle mais de là à susciter une telle émotion » souffle Monique. Pourtant toucher la sensibilité des gens – « et ne pas jouer sur la sensiblerie » grogne-t-elle – les emmener loin dans sa bulle, c'est son métier. Quarante-cinq ans bientôt qu'elle trimballe son amour inconditionnel des paroliers ; ces baladins à qui elle accorderait sans ciller "l'asile poétique", Allain Leprest en tête. Qu'elle roule sa voix gravée par le temps, le vécu ; « son empreinte digitale ». Qu'elle plante gouaille et piano sur les scènes, encore récemment sur le festival "Attention les feuilles" du Rabelais. Et il aura fallu attendre cette fameuse "Marseillaise des enfants", qui a toute les chances de devenir un classique, pour qu'elle gagne les lettres de noblesse des chanteurs à texte. De la trempe des Jean Ferrat, Marie-Paule Belle ou encore Pierre Perret qu'elle croisait à ses débuts dans les cabarets parisiens. Du temps, où elle formait le duo "Monique et Alain". Couple à la scène et toujours dans la vie, dans cette maison cocon nichée à Sevrier, où l'on abandonne ses chaussures à l'entrée et où l'on se prend à caresser le vieux chat. Peut-être que toutes ces années étaient autant de pierres de construction dans le jardin de la Marseillaise. Après tout, si elle était là, à côté d'elle, la Marseillaise ne s'est pas imposée tout de suite. Il a fallu ce travail, avec le soutien de toutes leurs forces de la Fédération des Œuvres Laïques (FOL), d'abord sur le thème de la Liberté, en 1989, pour la célébration du bicentenaire de la Révolution. 500 enfants entonnaient à Bonlieu "Le chant de la Liberté". « Les enfants sont lucides, généreux » "La Liberté, c'est plein de chaleur, elle apporte le bonheur. C'est un mot d'honneur qui réchauffe le cœur". Des mots simples, d'enfants que Monique Tréhard était allée faire une pleine moisson. Puis d'y mettre ses couleurs de compositeur. « Les enfants sont généreux, plus lucides que l'on veut bien croire sur les problèmes de la vie. Il ne sont pas aussi naïfs que ça ». La poésie fait le reste. « Elle va plus loin que la vérité ; elle est visionnaire. » Puis la FOL la sollicite, de nouveau, pour un texte autour de la Fraternité. Il en ressort : "Près de l'école, il y a un arbre. Où vit un oiseau. Dans cette école, il y a une classe, toute colorée d'enfants. Des blancs, des bleus, des jaunes. Des rouges, des violets. L'oiseau voit bien que l'enfant vert a tout compris de travers". Puis l'année dernière, c'est avec l'école de Cruseilles qu'elle monte le projet sur l'Égalité. Souvenirs plein de tendresse sur la manière qu'ont les enfants de diviser le monde. "D'un côté de la rue, je vois qu'un cheval en argent étincelle la nuit et que des hommes très puissants s'engraissent de diamants […] et de l'autre, […] une étoile boiteuse qui essais de danser et une femme qui dévore une pomme trouée." "La Liberté, l'Égalité, la Fraternité. Nous offrirons la paix". La Marseillaise des enfants était née.

L'histoire d'une belle idée

 

« Je n'ai jamais eu la prétention de changer la Marseillaise » assure Monique Tréhard. Et ne lui parlez pas de sondage pour savoir si les gens donnent leur préférence à l'une plutôt qu'à l'autre, au risque de la chafouiner. C'est une autre version qu'elle propose, celle des enfants, voilà tout. D'ailleurs, elle va transformer la musique, de deux temps (propre à une marche militaire) à quatre temps. Et surtout, elle va habiller la mélodie de son piano et du violoncelle de la grande et douce Cécile Pérot. Les paroles de Rouget de Lisle serviront, pour leur part, de base de travail. « Je les ai décortiquées avec les petits écoliers et l'institutrice de Saint-Eusèbe ». « Il s'agissait de réfléchir sur le sens et la portée des mots. Comprendre cette chanson dure et de révolte. Puis, le travail a consisté à leur demander s'ils aimaient la France et pourquoi  ? » explique-t-elle. Les réponses sont unanimes. Les raisons ? Pour ses couleurs : le bleu de la mer, le blanc de la neige et le rouge du soleil couchant. Le drapeau était planté. Et les enfants de dire leur volonté de grandir dans ce pays, de pouvoir y travailler, sans être exposé à la pollution (« Respirer des matins de Liberté, des parfums aux senteurs de muguet »). Et de vivre ensemble (« Dessiner sur le même cahier, des portes qui s'ouvrent sur la Fraternité »). «  Le résultat est vraiment bouleversant pour le sérieux, la lucidité des enfants, la force qui émane d'eux. Il ne faut pas se soucier pour leur avenir, ils sont là et bien là  "Ces enfants de France" ».