Gérard Humbert

Le Dauphiné Libéré Annecy

 

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Monique Tréhard chante toujours

et elle nous intéresse

 

Dans le cadre de l'Été de la Chanson Française au Théâtre de l'Échange, la chanteuse présentait son nouveau spectacle pour deux soirées. Intimité et émotion.

 


Dans la petite salle de l'Echange bondée, Monique Tréhard vient à la rencontre de son public. Elle s'installe au piano. Pas d'effets de mise en scène tapageurs ni d'éclairages sophistiqués. Pour son nouveau spectacle "Chante toujours tu m'intéresses", le choix de l'intimité et de la complicité s'affiche immédiatement.

En guise d'apéritif, Monique Tréhard rappelle ses amours de toujours : Ferré et Caussimon. Elle interprète avec sensibilité "Comme à Ostende" et "Nous deux" dans le silence religieux du public. Des ombres familières planent autour de la chanteuse. Puis commence le voyage. Un poème "Autrefois" de Charles Cros nous entraîne dans un univers un peu bancal ou plutôt baroque. Le ton du concert est donné. On va parler de tout et de rien. De la vie, du temps qui passe, des petites joies et des grands chagrins.

 

Pour évoquer l'horloge du temps, Monique choisit de remonter le cours de la vie à l'envers. Depuis les "Petits vieux" de l'hospice, bousculés par une grand-mère tonitruante (et épicurienne) qui garde "La souplesse des abeilles", en passant par un grand-père qui rajeunit par le truchement d'une horloge déréglée qui tourne à l'envers, pour finir dans la peau (si l'on peut dire) d'un spermatozoïde au moment du grand saut. Elle scande alors la marche obsédante et monocorde écrite par Ricet Barrier : "Nous sommes trois cents millions, bloqués derrière une porte".

 

Puis vient le temps du partage. Pour quelques chansons de Vigneault, on se retrouve dans les grands espaces québécois ; le public murmure le refrain de "Gros-Pierre" qui pleure sa Laurelou puis reprend (à quatre voix s'il vous plaît) le tonique "T'as pas tout dit à ta Doudou" de Bobby Lapointe.

 

Le temps des combats est évoqué avec beaucoup de douceur. Monique évoque le racisme par l'autre bout de la lorgnette. Le continent africain et l'émigration de ses enfants, presque inévitable... Un beau poème parle de l'Afrique à la peau d'airain qui a mal aux reins sur "Lili" de Pierre Perret, Lili, dont "l'enfant qui viendra un jour, aura la couleur de l'amour, contre laquelle on ne peut rien".

 

Les lignes manquent pour évoquer l'extraordinaire diversité des textes et la grande chaleur de l'interprétation. Monique Tréhard est au sommet de son art, apaisée et forte à la fois. Elle emmène son public dans son univers, avec beaucoup de complicité et de délicatesse. Elle pose sur ses musiques les textes qu'elle aime et elle nous les fait aimer, naturellement. Monique Tréhard chante toujours et elle nous intéresse toujours. Bigrement.