Jean-Pierre Gandebeuf

Le Dauphiné Libéré Annecy

 

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Tréhard, tout un art

 

"Bronca" à l'auditorium et plateau royal pour les trente ans de chansons de Monique Tréhard.

 



 

Déjà, avant l'entrée en scène, avant la fusion, la fête battait son plein dans les travées. Une mise en bouche sans tralala, avec un orgue de Barbarie pleurant dans les dièses, une ombre au loin, qui sait, peut-être Barbara. On n'a pas compté les fantômes mais pour le reste, les biens vivants, c'était complet. Plus un seul strapontin dans cette belle caisse de résonnance que constitue l'auditorium. Public acquis ? Ah certes ! À quoi ? À la bonne vôtre pardi. Venu du diable vauvert, soigneusement bigarré, Kirghizie, Romanrotin, Savoie profonde, ceinture tropicale. Bouche à oreille. Les amis de mes amibes sont mes amibes.

 

Dans l'intervalle, sur l'écran total, des images d'une vie : période rose, période bleue, Monique au temps des cerises ou au cœur de l'hiver boréal. Flash-back, travelling canon. Allez, tiens, un petit dernier. C'est vrai que le bistrot calé en avant scène avec ses tables à la parisienne faisait un peu saloon. Quant aux artistes, alors là, comme on n'a pas idée, à foison, au creux des strapontins, dans les cintres, servis sur un plateau et quel plateau. Un Olympia en raccourci. Du talent à revendre. Belle aubaine pour le public qui a de quoi se faire du mourron s'il veut remettre une tournée.

 

Donc micros partout, micro climat. Alors Monique vint, comme Malherbe, avec un gros "aime"... dans son sac à tendresse. Clarté, rigueur, un trac tout-à-trac vite balayé, disons, roulé dans la farine, sublime, on appelle ça le métier. Et Monique, comment dire, en amorce, servit chaud Maintenant, que la jeunesse, histoire de faire un peu de bien à la mélancolie. Climat posé, pubic capté. Ensuite, eh bien ensuite, ce fut carrément fou. Dans l'intensité, l'alternance, les chassés-croisés, l'émotion. Entrer dans la mêlée pour tenter de mettre au clair, et pourquoi pas sur partition, les rushes de chaque intervenant, serait aussi aventureux que compter les étoiles dans un ciel de traîne. Amicroch', Audrey Barrucand, François Bellin, Patrick Chamot, Patrick Chemin, Philippe Cholat, Danar'grib, Fabienne Dominguez, Pierre Dumousseau, Richard Gauteron, Luc Ginger, Jacques Grillot, Didier Grochowski, Daniel Gros, Aude Hamel, Didier Heyn, Zoé Lévêque, Ménaché, Véronique Pestel, Cécile Pérot, Camille Posth, Blandine Robin, Odile Wieder sans oublier les enfants des écoles où Monique a maintes fois posé son pupitre. On ne peut guère vous en dire plus, fallait venir, c'était royal, poétique, cocasse, nostalgique, impétueux, satirique.

Tréhard a déroulé avec doigté, au piano et sans effet de manche, le film d'une vie de créations qui en comptera bien d'autres, soyez assurés. Le temps de revoir (exclusif) le duo constitué au tout début des débuts avec le compagnon Alain, séquence émotion.

D'emballements assumés avec les grands (Ferré, Aragon, Ricet-Barrier) de Paris capitale au tout venant de l'Europe nouvelle voire simplement la Savoie... aux rencontres opportunes avec l'ami Chemin (pas à mi chemin), le compère Grillot (pas loriot), Fabienne la petite belle qui monte, on reste dans les turbulences de la poésie à très haute indice d'octave et de performance mais il n'y a pas lieu de surveiller la boîte noire. Tout baigne.

Il y a du reste du futur en chantier, à commencer par un CD d'une chronique annoncée : La grâce des nains dont on saurait gré (à vous mélomanes avertis) d'appuyer la souscription.

 

Et pour l'au-revoir, notez bien ce clin d'œil : Où que vous soyez, mes amis, longtemps vous m'accompagnez. Alors, restez zen, on se reverra. Et ne dites surtout pas : C'était au temps du cinéma muet. Silence dans les rangs !